NOTES SUR LES PRATIQUES : SUR L'USAGE EN ANALYSE DE SKYPE, DU TELEPHONE OU AUTRE TECHNOLOGIE VoIP 



Contexte
Ce document est différent du Code procédural de l'API concernant l'analyse à distance pendant la formation. Ce document-ci n'est pas procédural car ce que nous proposons est un espace de réflexion et quelques considérations à prendre en compte, pour les membres de l'API, en ce qui concerne la diffusion générale, en analyse, de l'usage de Skype, du téléphone ou autres technologies VoIP. Ces considérations ont été élaborées avec le concours de collègues qui ont de l'expérience dans ces modalités.

Notre objectif est d'ouvrir un dialogue, un débat entre les collègues, pour dynamiser encore la recherche, de partager des expériences communes dans les réunions et congrès, ainsi que de partager le grand nombre de réflexions déjà publiées dans ce domaine. Ce n'est que lorsque nous continuons à observer et étudier, pour échanger les expériences et débattre des problèmes auxquels nous devons faire face, que nous trouverons de meilleures réponses. Les considérations que nous proposons sont tout à fait de base et pourraient être jugées trop élémentaires par les collègues qui ont de l'expérience dans ces modalités.  

Nous souhaitons souligner que l'analyse a lieu « au cabinet en personne » et que d'autres formes d'analyse ne devront être adoptées qu'en cas de circonstances exceptionnelles.

Recommandations
1. Les analystes qui travaillent avec toute forme d'analyse à distance ne doivent pas supposer que tous les patients sont capables de le supporter. Par exemple, les patients qui ont souffert de séparation précoce et de traumatismes aigus pourront bien ne pas être indiqués pour une telle approche. Comme nous le savons, de nouveaux espaces qui surviennent à la psychanalyse sont souvent des espaces où les gens ont souffert de traumatismes historiques majeurs. Ainsi, il est important d'évaluer si l'analyse est contre-indiquée cliniquement ou éthiquement parlant. Dans ce sens, les entretiens préalables deviennent cruciaux. Ils doivent permettre une évaluation attentionnée du fonctionnement psychique de la personne et de son système de défense. 

2. Il est essentiel qu'une analyse destinée à continuer à distance puisse commencer en personne et que l'analyste et le patient se rencontrent en personne autant que possible, et au moins une fois par an. La période « en cabinet » la plus longue possible permet l'ancrage du transfert, de faciliter les processus de transfert et de contre-transfert et permet aussi bien à l'analyste qu'à l'analysant de vivre l'impact émotionnel de la pleine présence de l'un et de l'autre. 

3. La non-disponibilité temporelle et les difficultés liées aux transports peuvent bien gagner en importance tout comme les obstacles à la psychanalyse « en cabinet », mais c'est le point de vue de l'API que l'analyse par téléphone ou Skype soit prise en considération seulement lorsque la distance géographique est une difficulté véritable et insurmontable. 

4. L'analyste devrait débattre avec le patient le caractère expérimental des méthodes impliquant les télécommunications, la différence entre l'analyse par Skype et téléphone avec l'analyse « en cabinet » et les raisons de choisir cette modalité. L'un des préoccupations, surtout dans les pays où la pratique de la psychanalyse est nouvelle, est que les patients puissent en venir à croire que c'est la méthode par laquelle la psychanalyse est pratiquée habituellement. 

5. L'expérience démontre que les analystes expérimentés, qui ont un cadre interne stable et une identité analytique suffisamment solide , peuvent mieux supporter un cadre externe moins stable, plus imprévisible et plus facilement interrompu par des problèmes technologiques. L'API souhaite souligner l'impact qu'un cadre différent, parfois plus « fragile », puisse avoir sur la fonction contenante et interprétative des analystes moins expérimentés, qui doivent faire face à des situations pour lesquelles ils ont eu peu ou pas de formations et de débats cliniques. 

6. Une attention toute particulière devrait être apportée à la continuité et à l'intimité du cadre, pour que l'analyse soit toujours conduite au même endroit privé, et non pas dans des environnements publiques, des voitures, cafés internet, etc. 
 
7. L'analyste doit être conscient du contexte culturel, sociétal et scolaire du patient et doit avoir quelques connaissances du système de santé mental du pays d'origine du patient en cas de suicidalité ou de besoin d'hospitalisation. 

8. Des questions existent relatives à la sécurité, la protection de la vie privée et de confidentialité dans toute forme de télécommunications, dont les téléphones portables ou filaires, Skype et autres applications VoIP, courriel et toute autre application utilisée par le biais de l'internet. Ces questions doivent être prises en considération et les analystes/patients/supervisés doivent en prendre eux-mêmes conscience avant de commencer le traitement. Les analystes doivent se satisfaire eux-mêmes que la technologie qu'ils utilisent est sécurisée et qu'elle protège la confidentialité du patient. 

9. Nous espérons que des groupes de discussions puissent avoir lieu pendant les congrès de l'API, ou régionaux, pour que les collègues partagent leurs travaux et leurs expériences, et puissent être informés des publications et de la recherche en date. L'objectif est d'explorer la nature de la rencontre analytique sur Skype ou par téléphone et de voir s'il existe des différences significatives par rapport au cadre « en cabinet » et si cela est le cas, de quelle manière nous pourrions, le cas échéant, réaliser des changements et des compensations pour permettre à un processus analytique d'évoluer.